La Saga de la Dette Publique Française, 3e partie
Le Coach continue la présentation de la grande saga de la Dette Publique,
Avant de regarder concrètement les solutions proposées soit par des politiques, soit par des experts, posons un peu le décor de ce marronnier qu’est la Dette Publique
Vu de gauche
Le reproche principal fait par la gauche aux politiques de rigueur destinées à réduire la dette publique est que ce sont très majoritairement les catégories sociales les plus fragiles qui en paient le prix le plus lourd
Prenons l’exemple de la politique imposées à la Grèce dans les années 2010 :
Voici la synthèse faite par mon ami Claude :
Entre 2009 et 2014, la Grèce a perdu un quart de sa production, et le FMI a lui-même reconnu avoir sous-estimé l’effet des coupes budgétaires sur l’économie, sans avoir suffisamment vérifié la soutenabilité sociale du programme. Le marché du travail s’est effondré : selon ELSTAT, le chômage est passé de 8,6 % à 27,5 % entre 2008 et 2013, et celui des 15-24 ans a atteint 57,1 % en 2012. Les revenus des plus modestes ont été directement visés. Le salaire minimum a été réduit de 22 %, et de 32 % pour les moins de 25 ans, et les allocations chômage ont baissé dans la même proportion. Les retraites ont été amputées plus d’une douzaine de fois, jusqu’à la moitié de leur montant pour certaines. Dans la fonction publique, les effectifs de titulaires ont reculé de 18 % entre 2009 et 2015.
Les indicateurs d’Eurostat confirment l’appauvrissement : la part de la population en risque de pauvreté ou d’exclusion est passée de 28,1 % à 35,7 % entre 2008 et 2013, et la privation matérielle sévère a presque doublé en trois ans, de 11,6 % à 20,3 %. Ces chiffres sont même sous-estimés, puisque le seuil de pauvreté a lui-même fortement baissé. Côté santé, l’OCDE établit que la dépense publique a été réduite d’un tiers entre 2009 et 2013, et la part des Grecs renonçant aux soins pour raisons financières a triplé entre 2009 et 2016. La mortalité a progressé de 17,7 % sur 2010-2016, surtout chez les plus âgés.
Le corollaire de ce premier reproche est le suivant : beaucoup d’économistes à gauche, mais aussi jusqu’au FMI (Olivier Blanchard) ont estimé que les effets récessifs de cette politique montraient que ce n’est pas la solution la plus efficace pour résorber l’endettement excessif
En fait, on en revient à l’épineuse question du multiplicateur budgétaire. L’OFCE et divers think tank estiment ainsi qu’il est d’autant plus élevé que l’économie tourne en dessous de son potentiel, ce qui accentuait alors l’effet récessif des restrictions. Pour la Grèce, Xavier Timbeau estimait ce multiplicateur autour de 2, contre 1,3 en Espagne et 1,2 au Portugal.
D’où la thèse centrale d’une austérité « autodestructrice » (self-defeating) : la chute de la croissance rendait la dette toujours moins soutenable, et la réduction des déficits restait très en deçà des objectifs. Le ratio dette/PIB se dégradait ainsi alors même que les sacrifices s’accumulaient. L’OFCE ne contestait pas l’objectif de désendettement mais son calendrier. Il proposait d’étaler et de différer la consolidation pour atteindre les mêmes ratios de dette à horizon de 20 ans. Selon ses calculs, cette stratégie aurait évité la récession de 2012-2013 dans la zone euro.
La conséquence de ce constat est la suivante : la gauche propose que le poids du désendettement soit mieux réparti, notamment en imposant plus largement les hauts revenus. (cf travaux de l’Institut des Politiques Publiques : Note n° 92, « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? » (Juin 2023)
https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2025/05/92_Note_IPP_Billionaires-version-actualisee.pdf
Vu de droite :
La question de la Dette Publique revêt à droite une forte dimension morale : la dette, c’est le péché !!! C’est mal !!! On retrouve très vite cette image d’un pays qui doit être géré comme un « bon père de famille » gère son budget. C’est le point de départ du constat fait en 2005 par Michel Pébereau, patron de BNP Paribas : Rompre avec la facilité de la dette publique. Il le dit clairement : la France s’est habituée à la facilité.
Et que c’est du coté des dépenses que se pose le problème, pas du coté des recettes. La preuve : la France est un des pays où le niveau d’imposition est le plus élevé au monde.
Donc, une faute morale envers les « générations futures qui devront payer pour nos dettes », et une perte potentielle de souveraineté, du fait de la dépense croissante d’une France endettée vis-à-vis de l’étranger (plus de 50 % de la Dette Publique Française est détenue par des entreprises étrangères)
Conséquence de ce constat : il faut un État plus sobre et une économie qui produit davantage.
Mais, petit problème : pourquoi ce discours, constant depuis vingt ans, n’a-t-il jamais été mis en pratique quand la droite était au gouvernement ?
En septembre 2007, François Fillon, tout juste nommé Premier ministre, déclare être à la tête d’un « État en faillite ». La formule fait date. Pourtant, entre 2007 et 2012, sous son propre gouvernement, la dette augmente d’environ 600 milliards d’euros, passant de 64,2 % à 89,9 % du PIB.
Concernant le quinquennat de N. Sarkozy, la crise de 2008 est passée par là, et l’augmentation de la Dette Publique qui en a résulté ne peut pas lui être imputée ; pour autant, Nicolas Sarkozy n’avait d’ailleurs jamais fait de la rigueur l’axe de son quinquennat : celui-ci s’ouvre sur un paquet fiscal de baisses d’impôts, et la « règle d’or » ne vient qu’en 2011, quand la crise de l’euro impose son agenda.
Enfin, 3e gouvernement de droite, (oui, E. Macron est de droite !!! Quelle surprise !!) le constat a été identique, mais les conséquences bien plus graves, avec le double quinquennat de Macron : sa politique économique s’inscrit largement dans la tradition libérale : Suppression de l’ISF, baisses d’impôts pour les entreprises, puis « quoi qu’il en coûte » face au Covid : en 2025, la dette atteint 115,6 % du PIB, soit environ 3 460 milliards d’euros.
Ironie supplémentaire, c’est la Fondation IFRAP, peu suspecte de complaisance envers la gauche, qui l’a relevé : alors que Sarkozy et Macron promettaient de baisser la dépense, c’est sous François Hollande qu’elle a été le mieux maîtrisée.
Comme le dit mon ami Claude : Le discours de droite sur la dette ressemble ainsi à une prédication plus qu’à une pratique.
Au prochain épisode, on présentera des propositions concrètes