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Les Curieuses voix

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Suite de la saga du Coach T. sur la Dette Publique Française

Dans ce 2e épisode, le Coach T. va nous expliquer comment et surtout pourquoi la France en est arrivés là en matière de dette publique.


4/ Comment et surtout pourquoi en est-on arrivés là ?

Disons que le comment est maintenant évident, on l’a vu dans la partie précédente : on a laissé s’accumuler les déficits année après année et on a négligé la règle élémentaire pour tout gestionnaire : il faut s’endetter en période de ralentissement économique et rembourser l’excédent d’endettement durant les périodes de croissance économique.

De toute évidence, ce discours n’a jamais percé ni dans l’opinion, ni dans les pratiques de nos gouvernants qui se sont succédés depuis 40 ans, gauche et droite confondus. C’est donc surtout le « pourquoi cette indifférence » que l’on va explorer.

A/ Mais, me demanderez-vous, c’était quand, ces périodes de croissance où on aurait pu/dû se désendetter partiellement ?

A vue de nez, depuis les années 90, j’en vois trois :

1/ Durant la période 1998-2002, sous le gouvernement Jospin :

L’économie mondiale pétait le feu, et l’économie française se portait bien : des taux de croissance de 3.5 % en 1998, 3.2 % en 1999 et 4.1 % ( !!!!) en 2000.

Mais, avantage de mon grand âge, je me souviens très bien des discours dominants de l’époque :

A gauche, c’était (et ça a été mis en œuvre) : passons aux 35 heures (bonne idée pour la société en général et l’économie français en particulier ? C’est un autre débat que nous laisserons de côté aujourd’hui). La dette ? C’est un truc de droite, rien à foutre !! ;

A droite, c’était : il faut baisser les impôts !! (La marotte, voire l’obsession de toutes les droites du monde). La dette ? Pas de soucis, une croissance forte fera baisser la dette !!

Donc, il n’est venu à l’esprit d’aucun d’entre eux de mettre en place une vraie politique pour abaisser niveau d’endettement public.

Pourtant, celle-ci était de 62.1 % du PIB en 98, soit déjà au-dessus de la limite autorisée par les critères de Maastricht, qui étaient déjà formulés à l’époque. Alors, bien sûr, la croissance exceptionnelle de ces trois années a permis de faire tomber en 2000 le ratio à 59,7 % du PIB, mais pas de quoi crier victoire.

On est bien dans cette logique que les profs connaissent bien de l’élève qui fait le minimum pour ne pas se faire sacquer, mais économise son énergie pour d’autres activités….

La période Jospin est de loin la plus faste, celle qui aurait dû être consacrée à un désendettement partiel. On peut quand même identifier deux autres périodes où un effort à ce niveau aurait pu être fait :

2/ Les années 2006 et 2007, sous Chirac et Sarkozy :

La croissance est plus modérée (27 % en 2006, 2.5 % e, 2007), mais la droite étant en matière d’argent public la donneuse de leçons en chef, il est toujours intéressant de la voir passer des paroles aux (non) actes.

Après le ralentissement mondial dû au krach des valeurs internet et à la 2e guerre du Golfe, notre dette publique diminue un poil, (67.2 % du PIB en 2005, puis 64.4 % du PIB en 2006 et 2007, pour repasser à 68.1 % du PIB en 2008. Autant vous dire que réduire la dette publique n’a jamais été la priorité à droite, malgré les discours en mode « la France est en faillite » de François Fillon, le premier ministre de Sarkozy.

La troisième période que l’on peut identifier comme propice à un peu de désendettement a, ceci dit, connu des taux de croissance encore plus faibles que les deux précédentes :

3/ Les années 2017 et 2018 sous Macron :

Il est vrai que le taux de croissance n’est que de 2.3 % en 2017 et 1.8 % en 2018 (puis 1.5 % en 2019). La dette publique est de 98.0 % du PIB en 2016, puis 98.4 % du PIB en 2017 et  2018 ; elle baissera un tout petit peu à 98.1 % du PIB en 2019.

Mais là encore, le discours dominant à gauche comme à droite concernant la dette est : c’est la croissance qui va nous permettre de réduire peu à peu le taux d’endettement public français.

Sauf que, vous l’avez compris, en France, ce taux d’endettement public, qui se prend des hausses violentes à chaque cycle de crise économique (1990-95, 2008-2015, et 2020) ne se réduit pas vraiment ensuite

Et quand vient le Covid, la dette publique français va bondir de 98.1 % en 2019 à 114.9 % en 2020, retombera à 109.3 % en 2023, pour réaugmenter et atteindre 115.6 % en 2025

B/ Et les pays voisins ? Ils ont affronté les mêmes chocs macro-économiques. Ça a donné quoi ?

Prenons l’Allemagne, notre principal voisin, partenaire économique et donc notre point de comparaison prioritaire. Jusqu’en 2008, l’évolution de leur dette publique est quasiment la même qu’en France. Ils se prennent dans la figure le choc de 2009 tout comme nous.

Résultat : 2010 : 81.0 % du PIB ; en France, on est à 82.3 % du PIB. Donc, on reste sur des ordres de grandeur comparables.

Mais les Allemands détestent l’idée d’être endettés. Ils vont donc faire d’énormes efforts pour diminuer le ratio, qui reviendra en 2019 à 58.7 % du PIB (Quand la France voit le sien bondir à 98.1 % du PIB)

On comprend donc que le décrochage de la France doit tout aux années Hollande-Macron et leur politique de l’offre tellement efficace (humour). Et à cette croyance partagée par la droite et la gauche, mais démentie par les faits depuis les années 90 : « il suffit de retrouver la croissance pour diminuer la dette publique »

Le choc du Covid fera donc passer la dette publique Allemande de 58.7 % du PIB à 68.0 % en 2020, puis elle baissera de nouveau à 62.2 % en 2024, puis 63.5 % en 2025.

Mais il faut regarder plus en détail les 10 ans de Macronie

C/ La décennie Macron

La vidéo du journal Le Monde nous l’explique : la stratégie de Macron est « crystal clear » : en bon néo-libéral, il compte provoquer un boost de l’activité économique en baissant les impôts aussi bien sur les entreprises que sur les ménages.

Un élément classique de la panoplie de la politique de l’offre. Un élément basé sur la croyance qu’on a déjà signalée : celle que la croissance, outre ses effets positifs sur l’activité économique, peut également suffire à faire baisser notre endettement.

Entre 2017 et 2019, on a donc une baisse des impôts et une baisse concomitante et à peu près dans les mêmes proportions des dépenses. Donc, la dette publique reste stable

Mais boom !!! Voici venir les Gilets Jaunes. En réponse, le gouvernement renonce à certaines recettes et augmente certaines dépenses. Puis vient la crise du Covid 19 en 2020. Là, pas le choix : il faut relancer l’économie, le monde entier en fait de même. Puis vient 2022, l’invasion de l’Ukraine, la flambée des prix de l’énergie, et les gouvernements Macron qui vont dépenser beaucoup pour amortir le choc pour les Français.

Sauf que c’est juste après cette période que se révèle la spécificité du cas Français : alors que tous les pays proches se désendettent et diminuent progressivement leurs déficits budgétaires, la France en est incapable et reste bloquée autour de 5 M du PIB de déficit budgétaire (3 % en moyenne dans l’UE) 

Pourtant, les dépenses sont bien revenues dans les clous de 2017.

Alors, où est le problème ?

Dans les recettes : les baisses d’impôts massives faites sous Macron expliquent le dérapage budgétaire : l’équivalent de 0.8 % du PIB de déficit pour les baisses destinées aux entreprises, et le double (1.6 %) pour les baisses destinées aux ménages. Et du coté des baisses pour les ménages, hors les poids lourds que sont la disparition de la taxe d’habitation et la fin de la redevance télé, une partie des aides a profité aux ménages aisés.

Avec cette bonne vieille justification qui n’a de théorie que le nom : la (fausse) théorie du ruissellement : si on diminue l’imposition des hauts revenus, leur regain d’efficacité va booster l’économie et profiter à tout le monde.

On le sait pourtant depuis les années 80 dans les Etats-Unis de Reagan : ça ne marche pas !!

Et ça n’a pas marché non plus sous Macron.

Alors, quand Macron se voit désavoué aux élections européennes de 2024, il a l’idée géniale de dissoudre l’Assemblée Nationale. De cette élection sort une gauche renforcée, un R.N. plus puissant que jamais, et un camp Macronien largement désavoué.

Pas de problème pour Macron : c’est le camp Macronien qui va gouverner !!! Sans majorité pour faire passer ses lois…

Le reste n’est rien d’autre que l’histoire d’un régime politique bloqué et à bout de souffle et une situation économique qui l’est tout autant.

En conclusion de cette partie 4/ Pourquoi et comment en est-on arrivés là ?

Parce que les politiques français ont toujours considéré la Dette Publique comme un problème secondaire susceptible d’être réglé par plus de croissance, alors que nous constatons au contraire une trajectoire continue depuis 50 ans vers une croissance économique moyenne de plus en plus faible.

Et parce que la décennie Macron tourne au désastre.

Suite au prochain épisode….

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