La saga de la Dette Publique, 4e partie
Le Coach T. nous présente aujourd'hui trois esquisses de programme économique de candidats à la Présidentielle de mai 2027
Les trois premiers épisodes nous ont permis d’embrasser à minima la complexité du sujet, de comprendre où en est la France en 2026 et comment on en est arrivé là, et enfin nous avons saisi comment la gauche et la droite envisagent cette question chacun de leur coté.
Il est temps de parler propositions concrètes !!!
Et si on regardait du coté des candidats à la présidentielle de mai prochain ?
Problème : A une rare exception près (Mélenchon), nous avons des propositions très insuffisamment détaillées pour qu’on puisse…. les prendre au sérieux !!
Faisons malgré tout avec ce dont nous disposons
Propositions de droite/Extrème-droite
Bruno Retailleau (LR)
Plan présenté le 12 octobre 2026 : 197 Md€ d’économies cumulées jusqu’en 2032, avec un déficit sous 3 % dès 2031 puis 2,2 % en 2032.
- État : 96 Md€. Non-remplacement de 400 000 fonctionnaires partis à la retraite d’ici 2032, suppression d’agences et d’opérateurs, abrogation de normes (il parle de « bulldozer »).
- Social : 91 Md€. Dont 42 Md€ sur les retraites, 10 Md€ sur l’immigration et 4 Md€ sur les arrêts maladie.
- Collectivités locales : 10 Md€.
- Usage des économies : 146 Md€ vont à la baisse de la dépense et de la dette (recul de la dette à partir de 2031). 51 Md€ sont rendus aux contribuables : 21 Md€ aux ménages et 30 Md€ aux entreprises, via la suppression d’impôts de production.
- Fiscalité : aucune hausse d’impôts.
Marine Le Pen (RN)
« Contre-budget » présenté le 6 octobre : 140 Md€ d’économies d’ici 2032. Un chiffre de 125 Md€ avait été donné fin août devant le Medef.
- Dette et déficit : dette de 121 % du PIB en 2027 à 112 % en 2032, déficit sous 3 % en 2030. Une règle d’or constitutionnelle imposerait un déficit maximal compatible avec la stabilisation de la dette, adoptée par référendum dans l’année suivant l’élection.
- Pistes chiffrées :
- Immigration : 15 Md€ en 2027, jusqu’à 29 Md€ en année pleine.
- Contribution à l’UE : 9 Md€.
- Réorganisation de l’État : 20,7 Md€ en 2027.
- Collectivités : 8,2 Md€ en 2027.
- Agences : 3,4 Md€ en 2027.
- Retraites : retour à 62 ans, voire 60, adossé à un pilier de capitalisation. Elle annonce 15 à 20 Md€ de « corrections de mesures injustes ».
- Baisses d’impôts : environ 30 Md€.
- Hypothèse de croissance : 1,8 %.
- Statut : elle qualifie son plan de « budget réversible », ajustable si elle arrive au pouvoir.
Analyse critique de ces deux programmes
Si le programme de Retailleau a été assez peu analysé par les économistes, celui de MLP l’a été bien plus. Citons en vrac quelques critiques à son encontre, puis nous aborderons un point d’analyse qui concerne ces deux programmes :
Pour faire court, c’est le manque de sérieux du programme de MLP qui est le plus fréquemment noté : avancer de telles diminutions de dépense en ramenant l’âge de départ à la retraite à 62 ans, et en comptant sur des économies d’un montant assez fantaisiste sur notamment l’immigration n’est pas une marque de grande crédibilité.
Coté Retailleau, on peut remarquer qu’on a un programme très proche de celui de Fillon en 2022 : typiquement le type de programme que la droite nous ressort aux élections, mais n’applique jamais, car politiquement explosif.
Mais un point technique doit être abordé pour estimer les conséquences d’une politique de rigueur forte sur l’activité économique du pays :
Quel est l’effet du multiplicateur budgétaire sur les programmes annoncés ?
Et là, vous vous demandez : « qu’est-ce que c’est ce que ce truc ? »
je vous explique :
L’idée de départ : la dépense de l’un est le revenu de l’autre
Quand l’État dépense un euro, cet euro devient immédiatement le revenu de quelqu’un : le salaire d’une infirmière, la commande d’une entreprise de travaux publics, la retraite d’un ménage. Ces bénéficiaires dépensent à leur tour une partie de cet argent, ce qui devient le revenu d’autres personnes, et ainsi de suite. À l’inverse, quand l’État coupe un euro, c’est un revenu qui disparaît quelque part, et la chaîne se rétracte.
Le multiplicateur budgétaire mesure cet effet : c’est la perte de PIB provoquée par chaque euro de dépense publique supprimé. S’il vaut 1, couper 1 € fait reculer le PIB de 1 €. S’il vaut 0,5, le PIB recule de 50 centimes seulement. S’il vaut 2, le PIB recule de 2 €.
Pourquoi cela compte pour la dette
On pourrait croire qu’une coupe de dépenses fait mécaniquement baisser la dette. Ce n’est pas si simple, pour deux raisons.
- Les recettes baissent aussi. Un PIB plus faible rapporte moins d’impôts et de cotisations. Avec des prélèvements d’environ 45 % du PIB, chaque euro de PIB perdu fait perdre environ 45 centimes de recettes à l’État.
- Le ratio dette/PIB a un dénominateur : le PIB, la richesse créée sur un an par le pays On juge la dette en pourcentage du PIB. Si le PIB recule, le ratio peut monter même si la dette en euros diminue.
Et ce que l’histoire économique récente nous a montré (crise Grecque des années 2010), c’est qu’en cas de ralentissement économique fort, le multiplicateur a tendance à monter. Résultat : une baisse des dépenses entraine une baisse encore plus forte du PIB…. et le ratio Dette/PIB explose !!!
Ainsi, la Grèce, avec l’application du plan d’austérité imposé par la BCE, la Commission Européenne et le FMI, a vu en moins de 5 ans, son ratio d’endettement passer de 145 % du PIB à… 175 % !!!!
Et il a fallu 10 ans à la Grèce pour à peine s’en remettre.
Conclusion une politique d’austérité trop forte peut aggraver la situation et ralentir la sortie du tunnel
La question est donc : à combien est estimé le multiplicateur budgétaire de l’économie Française ?
Entre 0.6 et 1
Sachant qu’au-delà de 0.5, les effets sur le PIB d’une baisse des dépenses commencent à se faire sentir
Il est donc probable qu’appliqués tels quels, les programmes tant de Retailleau que de M Le Pen produiront un effet de ralentissement économique qui rendront la « sortie du tunnel » assez malaisée
Proposition de gauche
Au singulier, car on n’a que la proposition de La France Insoumise et de son candidat Mélenchon à se mettre sous la dent…
Contre-budget (« budget rectificatif ») présenté le 14 octobre avec Éric Coquerel.
- Recettes : +106,4 Md€.
- Impôts sur les patrimoines et revenus du capital : héritages 20 Md€, taxe Zucman 15 Md€ (patrimoines au-delà de 100 M€), ISF « climatique » 10 Md€, fin de la flat tax 9 Md€.
- Autres recettes : rabot des niches fiscales environ 22 Md€ (crédit d’impôt recherche, pacte Dutreil), taxe sur les transactions financières 5 Md€, impôt sur les sociétés plus progressif 3 Md€, taxe GAFAM à 15 %.
- Dépenses nouvelles : +81,7 Md€.
- Point d’indice des fonctionnaires 17 Md€, APL +10 % 8 Md€, budgets ministériels rétablis 7 Md€.
- Retraite à 62 ans 9 Md€ (60 ans ensuite), garantie d’autonomie pour les jeunes 9,5 Md€, plus des postes dans l’éducation et la santé.
- Dette et déficit.
- Le solde net est de +24,7 Md€, qu’il présente comme 25 Md€ par an consacrés à la réduction de la dette, avec un déficit ramené à 5 % du PIB, objectif aussi visé par le gouvernement.
- Coquerel dit « faire mieux » que l’exécutif sans effet récessif.
- Annulation de dette. Il propose d’annuler ou de « mettre au congélateur » la part de dette détenue par la BCE (18 à 20 % de la dette, selon les articles).
- Autres leviers. Un pôle bancaire public et la mobilisation de 100 Md€ par an d’épargne (livret A relevé à 30 000 €). Il argue que les aides aux entreprises (166 Md€ en 2024) dépassent le déficit : « l’aide, c’est le déficit ».
- Calendrier. Le programme complet est attendu en novembre, son chiffrage début 2027.
Analyse critique de ce programme
Elle porte sur trois points : la crédibilité des recettes, l’effet de la relance et la faisabilité de l’annulation de dette
Un exemple avec l’analyse de Mathieu Plane de l’OFCE (plutôt Keynésien) : « Choc fiscal assez gigantesque », LFI raisonne comme si la France était une économie fermée : Or, ce n’est pas le cas !!! les contribuables mobiles partiraient, Les 100 Md€ ne seraient pas atteints (sans parler de la dégradation de la Balance Commerciale, Note du Coach T.). On peut aussi émettre des doutes sur la BCE quant à la demande d’annuler la part de dette française détenue par elle(accord des partenaires très difficile à obtenir) et anticiper des réactions possiblement très négatives des marchés financiers »
A noter que la partie du programme portant sur l’annulation de la Dette Française détenue par la BCE est assez fortement critiquée par nombre d’économistes de gauche, qui estiment que la situation en 2020 rendait cette hypothèse crédible, mais que le nouveau contexte économique mondial la rend quasi impossible aujourd’hui.
Voilà pour cet épisode…