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Les Curieuses voix

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ET PENDANT CE TEMPS, OU EN EST MISTRAL ?

Parlons du secteur de l'IA, mais coté Européen cette fois-ci : parlons de MISTRAL


J’ai récemment fait travailler mes étudiants de BTS sur une question en apparence simple : que se passe-t-il vraiment dans l’industrie de l’intelligence artificielle Américaine ?

Voici en (très) résumé la teneur de la situation :

Nous y avons trouvé des acteurs en nombres très limités (1), étroitement liés par des financements circulaires (2). Les valorisations boursières sont contestées, le risque de bulle financière (et donc de krach financier !!!) est réel (3) ; les data centers exigent des investissements colossaux (4), et la rentabilité du modèle économique reste à démontrer. En face, la Chine a fait le pari inverse : diffuser l’IA à bas coût plutôt que d’en tirer une rente. On a parlé à ce sujet de stratégie de rupture (disruptive) très menaçante pour le modèle économique (inexistant à ce jour) de l’IA Américaine.

Et l’Europe ?

Une évidence s’est pourtant imposée à la fin du travail : il manquait un acteur à notre tableau, l’Europe. Entre un modèle américain qui promet beaucoup en dépensant des sommes vertigineuses et un modèle chinois qui gagne du terrain à prix cassés, existe-t-il une troisième voie ?

C’est la question que pose Mistral, fleuron français de l’IA, qui vient de changer de stratégie. C’est la vidéo d’une chaîne youtube que je connais bien qui m’a rappelé que j’avais en tête l’intention de faire un billet sur le sujet. Le youtubeur en question, c’est la chaîne IA et Stratégie, dont j’ai longtemps regardé assidument les vidéos chaque semaine, jusqu’à ce que je me lasse de son ton messianique en mode « suivez mon panache blanc, je suis le seul à comprendre ce qui se passe », sans parler de ses vidéos inutilement longues. Mais sa vidéo sur Mistral a été mon point de départ :

Mistral : changer de course ou changer de terrain ?

Son auteur défend une idée séduisante : l’entreprise française ne cherche plus à gagner la course à la puissance brute contre OpenAI ou Anthropic. Elle se rêve en « plan B souverain » de l’Europe, le fournisseur que l’on peut réellement contrôler, hors de la juridiction américaine comme de la chinoise.

Selon lui, et c’est un point fondamental à saisir, le modèle d’IA devient une simple commodité (en anglais « commodity », matière première, produit de base). En gros, c’est le produit d’appel qui ne va pas faire gagner de l’argent à son créateur, puisqu’il est fourni quasiment gratuitement. Ce qui va lui faire gagner de l’argent à l’entreprise qui a créé cette IA, c’est tout ce qui l’entoure : l’infrastructure, le cadre juridique, l’intégration, les ingénieurs envoyés chez le client. Notre youtubeur appelle cela le « harnais ».

Bon, confrontons sa thèse à des sources plus « référencées », mais surtout, non Européenne : je pars sur un article du New York Times

Un récit plus rude côté presse

Le New York Times, dans un article repris en accès libre, confirme le virage. Mistral lève 3 milliards d’euros, auprès notamment de Samsung Electronics et du fonds européen Scaleup Europe, pour une valorisation d’environ 21 milliards d’euros. Cet argent doit financer des modèles de pointe, mais aussi des data centers en France et en Suède, ainsi qu’une aide d’ingénierie pour les entreprises et les États qui veulent intégrer l’IA. Donc, pour financer le développement du fameux « harnais ».

Mais le détail le plus parlant concerne le modèle lui-même. Selon le directeur financier de Mistral, les clients pourront utiliser les modèles maison, mais aussi des modèles ouverts d’autres éditeurs, y compris chinois. L’idée que le modèle devient un composant interchangeable se vérifie donc dans la bouche même de l’entreprise.

Alors, évidemment, du coté Américain, on met l’accent sur le manque de moyens financiers et de puissance de production face à ses rivales, ce qui peut expliquer son choix stratégique. Les différences d’ordres de grandeur sont d’ailleurs rudes  : quand Mistral lève 3 milliards d’Euros de fonds, Anthropic en lève pour environ 125 milliards de dollars.

La souveraineté, argument de vente

Reste un levier qui constitue un atout majeur pour Mistral : la demande de souveraineté. Le NYT rappelle que l’interdiction d’export décidée en juin sur le modèle le plus avancé d’Anthropic a alarmé de nombreux clients européens. Dépendre d’un fournisseur étranger n’est plus juste un truc de journaleux, mais un risque contractuel et industriel.

Et là, Mistral a une solution à proposer : un acteur européen, des infrastructures sur le continent, des données qui restent chez soi.

Un article de Tech Insider noue apporte quelques informations complémentaires concernant la dimension industrielle. Fin mai, Mistral annonçait un accord de cinq ans avec Airbus et un partenariat avec BMW, autour de modèles capables de remplacer des heures de simulation physique par quelques secondes de calcul. Il évoque aussi une dette de 830 millions de dollars bouclée en mars pour construire un premier site en Essonne, et des objectifs de 200 mégawatts de capacité fin 2027, puis 1 gigawatt fin 2029. L’article note toutefois que Mistral n’a pas encore documenté de catalogue complet de tels modèles. Prudence donc sur les promesses.

La clé va être dans l’acceptation par les clients qu’il ne s’agit plus d’avoir le « meilleur modèle », mais celui qui inspire assez confiance pour qu’on lui confie ses données, ses usines et ses secrets. La vraie épreuve pour Mistral sera sa capacité à tenir ses promesses, avec des clients qui paient, des data centers qui sortent de terre et des modèles qui restent dans la course.

Sources :  

https://www.omanobserver.om/article/1195819/opinion/business/french-ai-mistral-raises-35-bn-amidst-strategy-shift

https://tech-insider.org/fr/mistral-ai-airbus-bmw-ia-industrielle-mai-2026

1 : on peut les présenter en se recentrant sur quatre familles principales :

  • Les laboratoires d’IA : OpenAI, xAI, Anthropic, Mistral AI
  • Les fabricants de puces AMD, TSMC, mais surtout le leader surpuissant de tout ce secteur de l’IA Américaine, Nvidia
  • Les Hyperscalers, c’est-à-dire les entreprises qui proposent des services de cloud et qui ont les moyens de proposer des Data Centers surpuissants correspondant aux besoins de l’IA :  Google/Alphabet, Amazon et Microsoft
  • L’infrastructure Cloud : Oracle, Coreweave

2 : Nvidia est entré dans le capital d’Open IA et d’Anthropic, Microsoft a fait de même ; les principaux actionnaires d’Anthropic sont Amazon et Google Cloud ; Open IA a signé un contrat commercial avec AMD (concurrent de Nvidia) qui peut se transformer en entrée d’AMD dans le capital d’OpenIA, Oracle a signé un gigantesque contrat commercial avec OpenIA et un autre avec Nvidia…. Etc !!!

3 : https://blog.mondediplo.net/ia-le-mur

4 : https://www.youtube.com/watch?v=eXXwN_TDdLU&t=4s

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